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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 07:17

Padre Carlos Pinto da Silva est un ancien collègue de formation au CIEDEL de Lyon que j'apprécie beaucoup. Il m'a envoyé, membre de son réseau, cette lettre d'Amazonie où il est depuis quelques années. J'ai pensé que dans ce contexte autour de René Forney, cela apporterait quelque chose à nos péripéties.

[gras et "à la ligne" du fait de RCB]

 

padre-carlos.jpg

Très chères amies, très chers amis,


J’espère que toutes et tous connaissent la santé, la paix, le bien et la joie. Une nouvelle année commence. C’est le moment de penser à la vie. C’est en regardant derrière soi qu’on la comprend et en regardant devant soi qu’on la vit. Il existe trois sortes de personnes : celles qui laissent les choses arriver, celles qui font qu’elles arrivent et celles qui demandent : « Qu’est-il arrivé ? » La vie passe vite, nous n’avons pas un instant à perdre. Nous ne pouvons attendre davantage.


Attendre un sourire pour être gentil.

Attendre d’être aimé pour aimer.

Attendre de se retrouver seul pour apprécier la personne qui est à nos côtés.

Attendre pour se souvenir du conseil.

Attendre la maladie pour se souvenir combien la vie est fragile.

Attendre d’avoir de l’argent pour partager.

Attendre de rencontrer des gens parfaits pour se passionner.

Attendre l’amertume pour demander pardon.

Attendre la séparation pour travailler à la réconciliation.

Attendre les éloges pour croire en soi-même. Attendre la douleur pour faire confiance à la prière.

Attendre le jour de sa mort pour aimer la vie.


Nous ne pouvons attendre davantage. Le temps est venu de l’action, de la prière, de la mobilisation et de la révolution. Non pas de la révolte ; il s’agit de révolutionner la société où se consolident l’injustice, la violence et où la durabilité est menacée.

 

J’ai compris l’an dernier qu’il existe deux grandes forces dans le monde : la politique et l’économie. Que c’est la politique qui conduit la société dans l’impasse. C’est elle qui répand les crises économiques dans le monde. Il se peut qu’un gouvernement ait peu d’argent mais soit un bon gouvernement, et qu’un autre qui a un gros budget soit terrible. J’ai appris que pour les gens mauvais les bons ne valent rien. Que l’Église a pris ses distances avec les hommes politiques et qu’elle ne voit pas bien de loin, qu’elle a une vision déformée de la réalité. Je suis aujourd’hui l’un des quelques prêtres ayant un mandat politique qui poursuivent leurs fonctions ecclésiastiques. Je ne sais pour combien de temps : selon le droit canonique et la nonciature, les curés n’ont pas le droit d’exercer des charges publiques car « cela va à l’encontre de l’authentique identité sacerdotale ».

 

Je crois sincèrement que cela devrait valoir pour d’autres situations, comme la pédophilie, les relations sexuelles multiples, les abus sexuels et la corruption administrative, toutes choses qui, celles-là, portent atteinte à notre identité sacerdotale et nous couvrent de honte. Pourquoi n’y aurait-il pas une pastorale politique ? La politique est aujourd’hui le principal outil de la transformation. Sans la barrière de la conscience morale, beaucoup pensent seulement à gagner de l’argent, et non à bien gouverner. L’intérêt personnel, les faveurs du roi sont plus importants que la réflexion sur le modèle et les structures de la société. Gandhi rappelait que le monde a assez de richesses pour satisfaire les besoins de tous, mais non l’avidité de quelques uns. Comme l’a dit Godin, lorsqu’on tue un homme, c’est l’humanité toute entière que l’on tue. L’expérience d’homme public m’a fait découvrir que tout n’est pas politique, mais qu’il y a de la politique en tout. Vu de l’extérieur, on ne peut comprendre les défis qu’il faut relever pour faire de la politique l’art d’agir pour la vie. Bien, maintenant parlons un peu du père Carlos.

 

En 2013, j’ai fêté mes 25 ans de sacerdoce. Il me semble que mon ordination était hier. Tout a commencé à Morro do Horácio en Florianópolis (État de Santa Catarina – Brésil, NdlT) où j’étais diacre ; ensuite, je suis allé à Mafra comme prêtre. Ma première paroisse était celle du Cristo Ressucitado à Joinville (État de Santa Catarina). Les communautés de base et l’Église ministérielle, les pèlerinages, les messes dans la rue et devant les fabriques, les luttes pour les droits humains, le logement, la propriété du sol urbain, les grèves, les occupations de terres, les groupes alternatifs de production, d’autogestion et d’économie solidaire, les manifestations sociales, les cours d’histoire à l’université, les campagnes politiques et l’assemblée constituante de 1988.


En 1992, je suis parti au Nicaragua. Dans une certaine mesure, c’était mon exil ecclésiastique. Terre de lacs et de volcans. Lors des attaques à la mission de Waslala j’ai reçu le baptême du sang et la confirmation de ma vocation de prêtre. Là, j’ai rencontré la vraie solidarité qui est la tendresse des peuples et mon coeur s’est ouvert au monde. L’option pour les pauvres, le courage qu’il m’a fallu pour laisser ma famille et la vie confortable du sud du Brésil, m’ont conduit à connaître de nombreux pays, de nombreux lieux et des gens adorables. Très probablement, tu en fais partie, toi qui es en train de me lire. Et je ne parle pas des organisations, des associations engagées en faveur des pauvres et de la justice, ainsi que des groupes de solidarité dispersés dans le monde. L’Évangile dit que celui qui abandonne tout et tous pour le Règne recevra cent fois plus ; j’ai reçu des milliers de fois plus. Je suis béni. En 1996 et 1997, j’ai suivi en France une formation d’ingénieur en développement. C’est là que s’est produite la rupture épistémologique. Les études, les amis de diverses nationalités et les professeurs de l’université, la vie communautaire avec les pères de l’Oratoire et les gens de la paroisse Sainte Madeleine à Lyon, chers à mon cœur, ont changé ma vision du monde. Je ne me sentais plus seul dans ma recherche d’un autre monde possible. J’ai rencontré beaucoup de gens gentils -et tu es l’un d’entre eux- qui savent que la vie peut être plus que ce qu’elle est. Des gens qui veulent se battre pour avoir le meilleur, pour eux, pour tout et pour tous.


En 1998, j’ai fait une expérience en Afrique du Nord et à New York. Le continent africain m’a toujours attiré ; cependant, après les génocides j’ai senti que j’étais trop “blanc” (au Nicaragua, on dit « chele ») du point de vue de ma formation, que je ne pouvais pas apporter grand-chose à part la reproduction des schémas culturels colonialistes. Les mois à New York ont été une immersion idéologique dans l’impérialisme, mais je n’ai pas abandonné mon engagement en faveur des pauvres, immigrants et Brésiliens illégaux.


De retour au Nicaragua, j’ai tenté d’offrir les fruits de ma formation et de confronter la théorie et la pratique. Aux côtés de nombreux amis, j’ai jeté beaucoup de graines. Certaines ont été mangées par les oiseaux, d’autres sont tombées dans les ronces et sur les pierres, mais d’autres ont donné leur fruits et sont encore fécondes vingt ans plus tard.

Fin 2001, je suis revenu à Joinville et j’ai vécu dans la banlieue, avec les humbles. C’est ainsi qu’est née la paroisse São Domingo Savio. Avec la bénédiction de Dieu et grâce à la volonté des gens, la communauté est devenue une référence pour ce qui est des manifestations sociales et de la protection de l’environnement. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à la politique. Jusque-là, je n’avais jamais pensé que la dimension politique pouvait faire partie de ma vocation de curé.


En 2005, motivé par la martyre de la sœur étatsunienne Dorothy Stang et par le cri que l’Amazonie, je me suis proposé comme missionnaire dans le nord du Brésil. Région où les religieux sont peu nombreux et viennent généralement de l’étranger. Le débat sur l’internationalisation de l’Amazonie m’a interpellé et conduit à penser que l’Église devrait protéger la nature. C’est pour cela que je suis là. Désormais avec un pied à Barcarena où je suis conseiller et l’autre à Abaetetuba où je suis curé de la paroisse Divino Espirito Santo. J’accompagne les pastorales de la région de San Francisco de Asís. Je suis directeur de la radio et de la chaîne de télévision du diocèse. Je suis responsable de la Pastorale de la dîme, de la Pastorale des prisons, de la Pastorale des personnes âgées, de la Rénovation charismatique. J’accompagne les Communautés ecclésiales de base. Je suis secrétaire de l’Association nationale des curés. L’an passé, nous avons travaillé en équipe. J’en ai une à Barcarena pour les projets politiques et une autre à Abaetetuba pour les initiatives pastorales. Je continue d’appuyer les deux écoles que nous avons créées et qui sont prises en charge par la municipalité. J’ai acheté, grâce à mon indemnité de conseiller municipal, un lieu où nous sommes en train d’organiser une communauté thérapeutique qui accueillera des hommes adultes souffrant d’une addiction à l’alcool et à la drogue. Les amis d’Allemagne nous ont beaucoup aidés, ainsi que les amis français. Cette communauté devrait ouvrir en mars et nous avons signé une convention avec le secrétariat municipal de la Santé qui prendra en charge son fonctionnement. Les amis d’Italie nous ont apporté leur appui pour le mini système d’eau potable au bénéfice de 15 familles de la communauté de San Gregorio et nous allons entreprendre un potager communautaire pour plus de cinquante familles du quartier Angelica à Abaetetuba.


Pour les amis de France, nous avons soumis le projet du groupe de 74 personnes âgées qui se réunit chez mois une fois par semaine. Nous avons de nombreux autres projets mais ils impliquent les services publics et ont à voir avec les droits élémentaires des citoyens : le traitement des eaux, l’assainissement, les titres de propriété des terres, la création de l’université fédérale, la culture, les établissements d’enseignement technique, les soins de santé primaires, la création d’emplois, la santé, la protection de la nature, le logement, l’agriculture durable, les infrastructures. Tout cela coûte de nombreux millions, c’est pourquoi ces initiatives font partie de la plateforme politique de mon mandat. Comme la machine gouvernementale est lente et compliquée, les petits projets que soutiennent nos amis sont importants pour garder vivant l’espoir des gens appauvris dans les petites communautés.

 

Je vous serai éternellement reconnaissant de votre solidarité, tout comme tant de pauvres qui ont bénéficié de votre générosité. Ces actions me semblent petites face à la réalité injuste et grotesque, mais David a vaincu le géant Goliath avec une simple pierre. Enfin, aujourd’hui je me sens bien. Je ne suis pas un saint, mais je me considère un père bon et un bon père. J’essaie d’organiser un voyage en Europe, mais nous allons avoir les élections législatives et la présidentielle. Du fait que je suis aujourd’hui plus curé qu’homme politique, je ne me présenterai pas aux élections législatives, même si beaucoup de gens le voudraient, car cela entraînerait la suspension de mes fonctions de curé de la paroisse. Ma porte est toujours ouverte pour recevoir les amis. Parfois, je me sens mal de franchir si souvent les vôtres et de ne pas avoir le privilège et la joie de vous voir passer la mienne.


C’est pourquoi, à Abaetetuba, je vais abandonner le presbytère de la cathédrale pour aller vivre à la périphérie, où tous travaillent à réparer une petite maison pour moi.


Pour finir, je voudrais évoquer l’exemple d’une femme de 94 ans qui, alors que je lui donnais l’extrême onction et lui disais qu’elle avait vécu beaucoup de choses, m’a répondu : « Mais mon père, je ne suis pas encore satisfaite. » Que personne ne soit satisfait de la vie, elle peut donner toujours plus et être meilleure.  


Avec mon affection et toutes les bénédictions,


Père Carlos Alberto Pinto da Silva

www.padrecarlos.com.br

carlos@semeando.org.br

Face.padre.carlos.pinto

 

RCB: je crois qu'on a des choses à apprendre!

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Publié par Nicolas Sègerie Réseau Colin Bagnard - dans REFORME FAMILLE
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